Les entreprises accumulent des données, mais passent 80% de leur temps à les nettoyer plutôt qu'à les analyser. Par ailleurs, entre les doublons de données, des complétudes faibles et pas toujours qualitatives, des définitions divergentes d’un même indicateur, l’absence de glossaire, …, il est très difficile pour les entreprises d’exploiter correctement les données.
La gouvernance ne doit plus être vue comme une contrainte administrative, mais comme un élément majeur pour la croissance du patrimoine de l’entreprise.
En effet, une donnée non gouvernée est une dette technique qui s'ignore. C’est pourquoi il convient de mettre en place une gouvernance de la donnée.
La gouvernance n’est pas un projet avec une date de début et une date de fin. C’est une discipline opérationnelle, une mise en qualité du système d'information qui s’opère chaque jour, à chaque clic et à chaque saisie.
La Gouvernance au plus près du terrain
Pour être efficace, la gouvernance doit descendre au niveau du quotidien de ceux qui manipulent la donnée.
La qualité d'un système d'information ne dépend pas simplement de la puissance de ses serveurs et de la profondeur de ses applications, mais de la rigueur de celui qui saisit l'information. Chaque collaborateur — qu’il soit commercial saisissant une fiche prospect, logisticien mettant à jour un stock ou comptable enregistrant une facture — est en réalité un maillon de la gouvernance.
Le concept de Data Citizenship consiste à responsabiliser l'individu : lui faire comprendre que sa saisie n'est pas une tâche administrative isolée, mais le point de départ d'une chaîne de valeur. Si la donnée est mal renseignée à la source, l'analyse prédictive en bout de chaîne sera faussée. La gouvernance au quotidien, c'est transformer chaque utilisateur en gardien de la qualité.
Paradoxalement, une gouvernance de terrain n'est pas là pour brider les usages, mais pour les libérer. Sans règles claires, les métiers avancent dans le brouillard : ils créent leurs propres fichiers Excel dans leur coin (le "Shadow IT"), augmentant les risques d'erreurs et d'incohérences.
Mettre la gouvernance au plus près du terrain, c'est offrir un cadre de confiance qui permet le Self-Service BI. Lorsque les règles de gestion sont automatisées et que le dictionnaire de données est accessible en un clic, le collaborateur n'attend plus une validation de la DSI pour agir. Il devient autonome car il évolue dans un environnement sécurisé, balisé et documenté.
Enfin, la gouvernance de proximité s'incarne par des rôles concrets. Le Data Steward n'est pas un informaticien, c'est un expert métier qui parle le langage de ses collègues. Il est le point de contact direct pour résoudre un litige sur une définition ou corriger une anomalie de flux et fait donc office de relais entre métier et DSI. Sa présence garantit que la gouvernance ne reste pas un concept abstrait, mais une aide concrète pour débloquer les situations critiques du quotidien.
Les piliers de la gouvernance au quotidien
La gouvernance doit reposer sur des piliers opérationnels simples :
- La qualité
- Le langage commun
- La Sécurité et la Conformité
La qualité de la donnée
La qualité de la donnée ne se décrète pas une fois par an lors d'un audit ; elle se surveille au quotidien.
- L'action quotidienne : mise en place de tableaux de bord de suivi de la qualité. Il s'agit d'automatiser des tests de cohérence (ex : format de téléphone, SIRET, unicité d'un numéro de TVA, cohérence entre une date de commande et une date de livraison).
- Le bénéfice : On passe d'une maintenance curative à une maintenance préventive.
Le langage commun
Le plus grand ennemi de la donnée n'est pas la technique, mais d’appréhender sa signification. Si le marketing définit un "client" comme quelqu'un ayant rempli un formulaire, alors que la comptabilité le définit comme quelqu'un ayant payé une facture, les rapports ne concorderont jamais.
- L'action quotidienne : L'alimentation et la consultation d'un glossaire. Chaque terme technique ou métier doit avoir une définition unique, validée et partagée. Les outils de type « Data Catalogue » permettent d’alimenter et de partager le glossaire de l’entreprise.
- Le bénéfice : L’information est accessible rapidement et on gagne un temps précieux en réunion. On ne débat plus sur la véracité et signification des chiffres, mais sur les décisions à prendre à partir de ces chiffres.
La Sécurité et la Conformité
Dans un contexte de cybermenaces et de pression réglementaire (RGPD), la gouvernance doit garantir que la donnée est protégée sans être pour autant cloisonnée.
- L'action quotidienne : La revue des droits d'accès et le linéage de la donnée (la traçabilité). Il faut être capable de répondre instantanément à la question : "D'où vient cette donnée et qui y a accès ?". Les outils de type « DataCatalogue » gèrent cette fonctionnalité de linéage.
- Le bénéfice : Une sérénité totale face aux audits et une réduction drastique de la surface d'exposition aux fuites de données. Par ailleurs, l'impact d'une modification technique est également identifié rapidement.
Les pièges de l'effet tunnel
Comment gérer un projet de Data Gouvernance ?
L'erreur classique : Vouloir tout gouverner d'un coup et rentrer en mode « effet tunnel ».
Vouloir documenter 100% de la donnée, cartographier tous les flux et définir chaque terme technique avant de lancer la moindre action corrective est une utopie. La donnée est une matière vivante ; le temps de terminer la cartographie, le SI aura déjà évolué et le résultat attendu ne sera jamais obtenu.
La solution : L'approche itérative et pragmatique. Commencer par les domaines de données les plus critiques (ex : Référentiel Client).
Pour éviter l'essoufflement, il faut appliquer les principes de l'agilité à la gouvernance. Au lieu de vouloir tout gouverner, il convient de définir des domaines de données prioritaires. Pour cela, il convient de :
- Identifier les irritants majeurs : Quel est le problème de donnée qui coûte le plus cher ou qui frustre le plus les utilisateurs aujourd'hui ? (Exemple : les erreurs dans les adresses de facturation).
- Appliquer une gouvernance ciblée : Nettoyez, documentez et sécurisez ce périmètre précis en priorité.
- Démontrer la valeur (Exemple : la gouvernance a réduit les délais de paiement de x% par une meilleure qualité des adresses de facturation).
Un autre piège classique est de croire que la gouvernance se résume à remplir des fichiers Excel de suivi. La gouvernance réside dans l'application de règles de gestion directement dans les outils, par exemple :
- Empêcher la saisie d'un format erroné directement dans l'ERP.
- Déclencher une alerte automatique si un champ critique n'est pas rempli.
Conclusion
Réussir sa gouvernance au quotidien, c'est avant tout réussir un changement de culture. C'est passer d'une vision où « la donnée appartient à l'informatique » à une vision où « la donnée est la responsabilité de tous ».
Ce processus de Qualité de la donnée doit être permanent et s’inscrire dans la durée : il intervient donc tout au long de la chaîne data et suppose un changement de culture de l’organisation en matière de gouvernance des données.
Si la gouvernance était importante hier, elle devient vitale aujourd'hui avec l'essor de l'Intelligence Artificielle. Un algorithme, aussi puissant soit-il, ne pourra jamais compenser une donnée erronée. Le principe du « Garbage in, Garbage out » (tout ce qui est erroné à l’entrée d’un process le sera nécessaire à sa sortie) n'a jamais été aussi vrai : l'IA ne sera un allié que si la gouvernance en est le garde-fou.
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